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Trottinette électrique 2000 W : ce que dit la loi, et ce que ces watts changent en côte

Trottinette électrique debout garée sur un trottoir en ville
La réponse courte

La loi ne plafonne pas la puissance d'une trottinette. Elle demande deux choses : rester sous 25 km/h par construction et n'avoir aucune place assise. Sur les cinq machines vendues « 2 000 W » relevées le 28 août 2026, trois ont une selle et pèsent de 48 à 68 kg : ce ne sont pas des trottinettes au sens du code de la route. Une trottinette conforme, elle, doit être assurée.

En France, la loi ne compte pas les watts d’une trottinette. Elle compte deux choses : la vitesse maximale par construction, qui doit rester sous 25 km/h, et l’absence de place assise. Une trottinette de 2 000 W qui tient ces deux points se vend et se conduit légalement, à condition d’être assurée et d’être conduite comme un engin de déplacement personnel motorisé. Aucun texte ne plafonne sa puissance.

Mais sur les cinq machines vendues sous l’étiquette « 2 000 W » que nous avons relevées, trois ont une selle et pèsent de 48 à 68 kg. Ce ne sont pas des trottinettes au sens du code de la route. Deux de ces trois fiches ne parlent ni de plaque, ni d’assurance, ni de casque, ni de permis, et la troisième répond à la question du permis à côté de la plaque. Des deux qui sont bien des trottinettes, une seule était annoncée en stock le jour du relevé : le Nami Klima, dont la version à 2 000 W part de 2 299 euros.

Nous avons ouvert les textes un par un, ouvert les cinq fiches produit, et calculé ce que ces watts changent réellement en côte. Fiches relevées le 28 août 2026, textes de droit et calculs revérifiés le 30 août 2026.

« Homologué route » ne veut pas dire « utilisable comme une trottinette »

Les cinq machines vendues 2 000 W que nous avons relevées

Chez des revendeurs français et sur une page de fabricant. La deuxième colonne applique les règles de la partie précédente, elle ne reprend pas ce que dit le vendeur.

Machine relevée Ce que c’est au regard du code de la route Selle Poids Vitesse annoncée
CHIHUI 2000W, 48V 12Ah, 999,00 euros Pas un EDPM, la selle suffit à l’exclure. Au mieux un cyclomoteur, avec plaque, assurance, casque et permis Oui, « une selle design en mousse » 68 kg 45 km/h
CHIHUI Speedo 2000W, 48V 20Ah, 1 258,32 euros, épuisé Même chose Oui, « Avec siège » 55 ou 68 kg selon la variante 45 km/h
Velocifero Mad Race 2000W, 1 680,00 euros Ni EDPM, ni cyclomoteur : 50 km/h dépasse le plafond de 45 km/h de la catégorie L1e. Sa propre fiche indique « Homologué route : Non » Oui, assise réglable de 75 à 80 cm 48 kg 50 km/h
Dualtron POP, à partir de 899,00 euros, variante affichée en réapprovisionnement EDPM conforme tant qu’il reste bridé Non 29 à 33 kg selon la batterie 25 km/h à la livraison
Nami Klima, gamme de trois versions, à partir de 1 899,00 euros. Ligne relevée : la version 2 x 1 000 W, à partir de 2 299,00 euros EDPM conforme Non 37,6 kg 25 km/h

Trois d’entre elles ont une selle, et ça change tout

Les trois premières lignes portent toutes le mot trottinette dans leur nom. Aucune n’en est une : elles ont une selle, ce qui les exclut de la définition avant même qu’on regarde leur vitesse. Les deux CHIHUI affichent « Homologué route : Oui » sans qu’une seule ligne de leur fiche ne mentionne la plaque, l’assurance, le casque ou le permis qui vont avec.

Une machine peut donc être parfaitement homologuée, et l’être en tant que cyclomoteur. Ce n’est pas la même vie qu’une trottinette qu’on plie dans un ascenseur, et ce n’est pas non plus le même budget : à la plaque et au permis s’ajoute une assurance de deux-roues motorisé.

Une fiche qui répond à côté

La fiche du Velocifero écrit « Homologué route : Non » dans son tableau de spécifications, et répond « Non du tout » à la question « Faut-il un permis pour conduire cette trottinette ? » posée dans sa foire aux questions, sur la même page, pour une machine de 48 kg avec selle annoncée à 50 km/h.

Les deux réponses ne tiennent ensemble que si la machine ne sort jamais d’un terrain privé, ce que la fiche ne dit nulle part. Il n’y a pas de permis à passer, en effet, mais parce qu’il n’y a pas de voie publique ouverte à cet engin. Répondre « non du tout » sans dire pourquoi, c’est laisser l’acheteur croire l’inverse de ce qui l’attend.

Les deux machines qui sont vraiment des trottinettes

Le Dualtron POP, à partir de 899,00 euros, et le Nami Klima, à partir de 1 899,00 euros, sont de vrais EDPM : debout, sans selle, de 29 à 38 kg, livrés bridés à 25 km/h. Le Nami Klima était en stock au jour du relevé. Sur la page du Dualtron POP, la variante affichée était annoncée en réapprovisionnement, et cette page ne dit pas quelle combinaison de moteurs et de batterie elle affichait : nous ne pouvons donc pas dire si une autre combinaison était disponible ce jour-là.

Aucune des deux n’est une machine : ce sont deux gammes vendues sous un seul nom, et dans les deux cas une partie seulement des versions atteint 2 000 W.

Le Dualtron POP se prend avec un ou deux moteurs, et avec trois batteries au choix, 14, 20 ou 25 Ah en 52 V. La page que nous avons relevée annonce 1 000 W nominaux par moteur et 1 450 W de crête ; d’autres revendeurs annoncent 450 W nominaux pour la version à un moteur, et nous n’avons pas pu trancher entre les deux. Seule la version à deux moteurs atteint 2 000 W, seule la version 25 Ah atteint les 1 300 Wh, et la plage de 29 à 33 kg annoncée couvre à la fois le deuxième moteur et la batterie, sans que la page dise quel poids va avec quelle version. Elle ne dit pas non plus à quelle combinaison correspondent les 899,00 euros affichés, qui sont un prix de départ.

Le Nami Klima se décline de la même façon, en trois versions relevées sur le site du fabricant : le Klima ONE à un seul moteur, annoncé à 1 899,00 euros, le Klima à deux moteurs de 1 000 W, 60V 25Ah soit 1 500 Wh, 37,6 kg, à partir de 2 299,00 euros, et le Klima MAX à deux moteurs, 60V 30Ah soit 1 800 Wh, 38,3 kg, à partir de 2 999,00 euros. Le mot « 2 000 W » ne désigne donc, chez l’un comme chez l’autre, qu’une partie de la gamme.

C’est exactement le défaut que dénonce le point 3 de notre liste de contrôle, et il vaut pour les deux : un chiffre de puissance qu’on ne peut rattacher ni à une version précise, ni à un poids, ni à un prix, ne veut rien dire. La différence entre ces deux pages et les trois précédentes n’est pas la clarté commerciale : c’est que ces deux machines-là sont bien des trottinettes au sens du code de la route.

Cette page affiche en revanche d’elle-même l’interdiction de débrider et le montant de l’amende encourue, ce qu’aucune des trois machines à selle ne fait.

Sur ces deux machines, le moteur n’est plus le facteur limitant. Une côte de 10 % à 15 km/h pour un ensemble de 100 kg demande environ 609 W à la batterie, calcul détaillé plus bas : leurs 2 000 W nominaux en représentent 3,3 fois. Ce qui limitera, c’est l’adhérence et l’échauffement. Entre ces deux-là, le vrai critère de comparaison n’est donc pas la puissance mais la capacité en wattheures et le poids, en prenant les versions qui portent réellement les 2 000 W : 1 300 Wh pour un Dualtron POP à deux moteurs et 25 Ah, dont la page annonce jusqu’à 33 kg, contre 1 500 Wh pour un Nami Klima de 37,6 kg.

Rangée de trottinettes électriques de libre-service, debout et non pliées

Quoi vérifier sur une fiche produit avant de payer

Les cinq points à contrôler, dans l’ordre

  1. Une selle, oui ou non. S’il y en a une, ce n’est pas une trottinette au sens de la loi, et tout le reste change.
  2. La vitesse maximale par construction. Au-dessus de 25 km/h, l’engin n’est plus un EDPM. Sans selle, il n’est immatriculable nulle part.
  3. Watts nominaux ou watts de crête, et sur combien de moteurs. Si la fiche ne le dit pas, le chiffre ne veut rien dire.
  4. Le poids de l’engin. Au-delà de 40 kg, ce n’est plus un objet qu’on plie et qu’on porte, quel que soit le nom sur la boîte.
  5. La capacité réelle en wattheures, et non « 48V 12Ah ». Multipliez les deux si le vendeur ne le fait pas : cela donne 576 Wh. La tension, l’ampère-heure et le wattheure sont définis dans notre lexique des termes techniques de la voiture électrique.

Le document à réclamer avant de payer

Demandez le certificat de conformité européen, et demandez-le avant de payer, pas après. C’est lui qui permet d’obtenir une plaque, et sans plaque une machine réceptionnée comme cyclomoteur reste au garage. Sur les trois lignes à selle de notre tableau, aucune fiche ne publie ce document ni son numéro de réception.

Un vendeur qui répond « pas besoin de permis » sur une machine de 48 kg annoncée à 50 km/h vous vend un objet de terrain privé en vous laissant croire le contraire. C’est vous qui payez l’amende, pas lui.

Combien de watts vous faut-il vraiment

500 W à la roue passent une pente de 10,5 % en régime établi, c’est-à-dire à vitesse tenue sans ralentir, pour un ensemble de 100 kg à 15 km/h. Pour situer ce niveau : le seul fabricant de nos sources qui publie un chiffre de pente annonce 16 %, et seulement sur dix mètres d’élan. Nous n’avons pas de mesure maison des déclivités urbaines à publier, donc nous n’écrivons pas quelle part des rues cela couvre.

La puissance nominale est celle que le moteur tient en continu sans surchauffer, la puissance de crête celle qu’il délivre quelques secondes, et la puissance absorbée celle que la batterie fournit à son entrée, pertes comprises. Les trois décrivent la même machine et ne se comparent pas entre elles.

Traduit en langage de fiche produit, 500 W à la roue, ce sont 610 à 650 W tirés de la batterie. C’est l’ordre de grandeur d’un moteur annoncé autour de 600 W en puissance absorbée maximale. Attention au piège du nominal : une machine dont les 300 W nominaux sont doublés en pointe atteint ce niveau, mais une machine dont les 300 W sont aussi le maximum absorbé ne délivre qu’environ 237 W à la roue, soit une pente de 4 %. Un chiffre de crête, lui, ne dit rien de cette capacité. Le calcul complet est en fin de page, dans la section « Comment nous avons calculé ».

Ce que les watts en trop achètent, et ce qu’ils coûtent

Au-delà de ce seuil, les watts supplémentaires n’achètent pas une côte plus raide : ils achètent de ne pas ralentir et de ne pas chauffer sur celles que vous montez déjà. Ils coûtent du poids, du prix et de la place dans la batterie.

Un chiffre de 2 000 W sur une machine bridée à 25 km/h est une réserve de couple, pas une performance légale.

Un chiffre en watts n’est encadré par aucune norme

Aucun protocole officiel ne s’applique

Puisque la loi ne les regarde pas, une question suit : qui contrôle ce chiffre de watts ? Personne. Le règlement 168/2013, qui fixe la méthode de mesure de la puissance des deux-roues, exclut les véhicules sans place assise. La trottinette debout n’entre dans aucun protocole officiel de mesure de puissance.

Sa norme produit s’arrête à 25 km/h

La norme applicable aux trottinettes est l’EN 17128:2020, qui porte sur les véhicules légers motorisés non soumis à réception pour un usage routier. Son domaine d’application public exclut nommément les véhicules dont la vitesse maximale par construction dépasse 25 km/h, ainsi que les véhicules avec siège sans autostabilisation.

Une machine de 2 000 W annoncée à 45 ou 50 km/h est donc hors du champ de cette norme aussi.

Nominale, crête ou absorbée : trois chiffres pour une machine

Faute de protocole obligatoire, chaque fabricant annonce ce qu’il veut, et il annonce le chiffre le plus flatteur. Sur le Nami Klima du tableau, la même machine est présentée à 2 000 W en puissance nominale et 5 376 W en puissance de crête, sur la page de son propre fabricant. Rapport de 2,7 pour un seul et même engin.

Xiaomi, de son côté, écrit dans ses spécifications publiques comment son chiffre est obtenu : la puissance maximale de son moteur est mesurée en le chargeant au courant maximal, et le chiffre publié est une puissance électrique absorbée, relevée à l’entrée du moteur au wattmètre, pas une puissance mécanique disponible à la roue.

La question à poser au vendeur

La seule question utile n’est pas « combien de watts » mais « watts nominaux, de crête ou absorbés, et sur un moteur ou sur deux ». Un vendeur qui ne sait pas répondre lit la même fiche que vous, et une fiche qui ne rattache pas son chiffre à une version précise et à un prix précis ne se compare à rien.

Ce que 2 000 W changent vraiment : la pente

En montée, 85 % de la puissance sert à soulever la masse

À 15 km/h sur une pente de 10 %, pour un ensemble de 100 kg, soit environ 20 kg de machine et 80 kg de pilote, les trois efforts se répartissent ainsi. Calcul à vitesse stabilisée, hypothèses détaillées en fin de page.

Effort à vaincre Puissance à la roue Part
Soulever 100 kg le long de la pente 407 W 84,6 %
Résistance au roulement 61 W 12,7 %
Résistance de l’air 13 W 2,7 %
Total à la roue 481 W 100 %

En côte, l’air ne compte pratiquement pas. Plus de quatre watts sur cinq servent uniquement à monter la masse. C’est pour cette raison que la puissance se ressent en pente et nulle part ailleurs : sur le plat à 25 km/h, le même ensemble ne demande que 163 W à la roue.

Ce que passent 500, 1 000 et 2 000 W

Puissances prises à la roue, ensemble de 100 kg, vitesse stabilisée de 15 km/h. La fourchette balaie la résistance au roulement de bout en bout, de 0,007 à 0,026, seule plage réellement mesurée du modèle. La conversion vers la batterie, elle, balaie le rendement de 0,77 à 0,82.

Puissance à la roue Puissance tirée de la batterie Pente théorique, à vitesse stabilisée
500 W 610 à 650 W 10,5 %, entre 9,4 et 11,3 %
1 000 W 1 220 à 1 300 W 23,3 %, entre 22,1 et 24,1 %
2 000 W 2 440 à 2 600 W 53,7 % en théorie seulement

La vitesse retenue change tout, et c’est pourquoi elle est affichée : à 25 km/h au lieu de 15, les mêmes 2 000 W ne passent plus que 28,1 % de pente théorique. Autre conséquence, contre-intuitive : doubler la puissance fait plus que doubler la pente franchissable, de 10,5 à 23,3 %, parce que les pertes de roulement et d’air ne se paient qu’une fois.

Les 53,7 % de la dernière ligne ne se montent pas, quelle que soit la puissance : à ce niveau ce n’est plus le moteur qui limite mais l’adhérence du pneu, le transfert de masse vers l’arrière et l’échauffement, qu’un calcul à vitesse stabilisée ne voit pas. Ce chiffre est la borne où le modèle cesse de décrire quelque chose, pas une capacité.

Si vous pesez 20 kg de plus, la pente tombe de 10,5 à 8,5 %

La masse est le paramètre que vous connaissez le mieux, et c’est celui qu’aucune fiche produit ne décline. À 120 kg d’ensemble au lieu de 100, la même côte de 10 % à 15 km/h demande 575 W à la roue au lieu de 481, soit 19,5 % de plus, et les 500 W qui passaient 10,5 % ne passent plus que 8,5 %.

Une différence de vingt kilos coûte donc deux points de pente. Sur un trajet quotidien avec une vraie côte, c’est plus décisif que la moitié des lignes d’une fiche produit. Si vous hésitez encore, mesurez votre côte avant d’acheter : une application de randonnée ou de vélo donne sa déclivité en pourcentage, et c’est ce chiffre-là qu’il faut comparer aux lignes ci-dessus, pas les watts.

La pente annoncée par un fabricant se mesure sur dix mètres

Xiaomi annonce 16 % de pente pour son Electric Scooter 4. Sa propre note de spécifications précise que l’engin roule de façon stable sur une pente de 16 % « en montant sur une distance de 10 m depuis le bas de la pente », à 15 km/h. Dix mètres.

Notre modèle dit pourquoi ce n’est pas un régime établi. Pour un ensemble de 92 kg, les 17,2 kg de la machine et les 75 kg du pilote d’essai, à 15 km/h sur 16 %, il faut environ 663 W à la roue, donc de l’ordre de 839 W à la batterie, contre les 600 W que ce fabricant annonce. Le chiffre de pente publié décrit un élan de dix mètres, pas une côte.

Ce qu’une côte coûte en autonomie

La puissance du moteur n’y change rien

Il faut le dire avant tout le reste, parce que la fiche produit laisse croire l’inverse. À masse égale et à vitesse égale, un moteur de 2 000 W ne consomme pas plus qu’un 500 W. Il consomme ce que la pente, la masse et la vitesse demandent. Ce qui vide une batterie, c’est la côte, pas l’étiquette.

Aucun essai d’autonomie normalisé n’existe

Il n’existe pas d’équivalent du cycle WLTP pour les trottinettes. Des travaux universitaires publiés en 2024 l’écrivent : « les conditions de conduite normalisées pour les trottinettes électriques n’ont pas encore été définies, mais elles font l’objet de recherches récentes », traduit de l’anglais.

Conséquence directe : deux autonomies annoncées par deux fabricants différents ne sont pas comparables. Chacun choisit sa vitesse, son pilote, sa température et son vent. Six gestes qui allongent réellement une autonomie sont réunis dans notre page sur l’autonomie d’une trottinette électrique.

Trois chiffres publiés, trois protocoles différents

Origine du chiffre Conditions annoncées Consommation
Autonomie publiée par un fabricant pilote de 75 kg, 15 km/h, plat, 25 °C, vent inférieur à 3 km/h 7,9 Wh/km, déduits d’une batterie de 275,4 Wh pour 35 km
Deux trottinettes, travaux universitaires 2024 analyse de cycle de vie, sans conditions normalisées 14 à 15,8 Wh/km
Une trottinette de flotte partagée, travaux universitaires 2022 relevés en usage de libre-service 14 à 42,1 Wh/km

Ces trois lignes ne se divisent pas les unes par les autres : elles portent sur des machines, des masses et des protocoles différents. Ce qu’elles montrent, c’est qu’aucun chiffre d’autonomie n’a de sens sans ses conditions. À armes égales, d’ailleurs, le chiffre du fabricant tient : notre modèle appliqué à ses conditions d’essai exactes, 92 kg à 15 km/h sur le plat, rend 5,9 Wh/km dans une fourchette de 3,2 à 9,6, et les 7,9 annoncés tombent dedans. Ce chiffre n’est pas exagéré, il décrit une situation que personne ne rencontre.

À vitesse égale, une côte de 10 % multiplie la consommation par 6,5

Aucun fabricant ne publie cette donnée. Nous la calculons avec le même modèle et les mêmes hypothèses que plus haut, et nous l’annonçons comme un calcul, pas comme une mesure. La première et la deuxième ligne se comparent à vitesse égale, la troisième ajoute l’effet de la vitesse.

Situation, ensemble de 100 kg Puissance à la roue Consommation calculée Distance sur 500 Wh
Plat, 15 km/h 75 W 6,3 Wh/km, entre 3,4 et 10,3 environ 80 km
Pente de 10 %, 15 km/h 481 W 40,6 Wh/km, entre 36,5 et 45,5 environ 12 km
Plat, 25 km/h 163 W 8,3 Wh/km, entre 5,3 et 12,4 environ 60 km

À 15 km/h, passer du plat à une pente de 10 % multiplie la consommation par 6,5. Si l’on compare au plat à 25 km/h au lieu de 15, l’écart retombe à 4,9, parce que rouler plus vite sur le plat coûte déjà plus cher.

Un trajet réel mélange ces situations, donc aucun de ces chiffres n’est votre autonomie. Ce qu’ils bornent, c’est l’écart, et personne ne le mentionne au moment de la vente. Si votre trajet quotidien comporte une vraie côte, l’autonomie annoncée sur la boîte ne vous concerne pas.

Ce que ça donne sur les deux machines retenues

Les versions à 2 000 W des deux vraies trottinettes annoncent 1 300 et 1 500 Wh, soit deux à trois fois la batterie de 500 Wh du calcul ci-dessus. Voici ce que notre modèle en tire, toujours pour un ensemble de 100 kg, engin et pilote.

Machine et capacité annoncée Plat, 15 km/h Plat, 25 km/h Côte continue de 10 %, 15 km/h
Dualtron POP, version deux moteurs et 25 Ah, 1 300 Wh environ 207 km environ 157 km environ 32 km
Nami Klima, version 2 x 1 000 W et 25 Ah, 1 500 Wh environ 238 km environ 182 km environ 37 km

Une batterie trois fois plus grosse ne rachète pas une côte : elle la rend seulement praticable. Ces distances supposent un ensemble de 100 kg, donc un pilote léger sur une machine de 30 à 38 kg ; ajoutez vingt kilos et retirez-en environ un sixième. Et une côte continue de plusieurs dizaines de kilomètres n’existe pas : la ligne de droite est une borne basse, pas un trajet.

Comment nous avons calculé

La formule et les hypothèses

La puissance nécessaire à la roue, à vitesse stabilisée, se décompose en trois termes : soulever la masse le long de la pente, vaincre la résistance au roulement, vaincre la résistance de l’air. La puissance à tirer de la batterie s’obtient en divisant par le rendement de la chaîne de traction.

P = v x ( m.g.sin(a) + Crr.m.g.cos(a) + 0,5.rho.CxA.v² )

Paramètre Valeur retenue Fourchette balayée Origine
Masse totale, engin et pilote 100 kg variante à 120 kg montrée hypothèse de calcul
Résistance au roulement Crr 0,015 0,007 à 0,026 mesure sur remorque de résistance au roulement, 9 pneus de trottinette, surface de béton lisse, à basse vitesse constante, Stilwell et coll. 2024
Traînée CxA 0,2975 m² fixe, non balayée produit de l’aire frontale de 0,35 m² et du Cd de 0,85 retenus par Demirsoy et Soyaslan 2026. Ce sont des hypothèses de modélisation, pas une mesure sur pilote
Masse volumique de l’air 1,225 kg/m³ fixe atmosphère normalisée, altitude 0
Rendement de la chaîne 0,79 0,77 à 0,82 rendement publié d’un moteur sans balais de 350 W, 81,4 % avant optimisation et 85,7 % après, moins une perte de transmission estimée
Vitesse de référence en montée 15 km/h 15 et 25 km/h montrées choix de calcul, aligné sur les protocoles d’essai des fabricants

Les réserves du modèle

  • Les coefficients de roulement ont été mesurés sur une surface de béton lisse et à basse vitesse, pas sur asphalte à 15 km/h. C’est la seule plage réellement mesurée du modèle, et c’est pour cela qu’elle est la seule balayée dans les tableaux.
  • La traînée est une hypothèse, pas une mesure. Nous n’avons trouvé aucune source primaire ouverte donnant un CxA mesuré sur une trottinette avec son pilote. En côte, ce terme ne pèse que 2,7 % de la puissance, donc les conclusions sur la pente n’en dépendent pas. Sur le plat à 25 km/h il en pèse plus du tiers : le chiffre de 163 W et l’autonomie à plat sont les deux résultats les plus sensibles à cette hypothèse.
  • Le rendement combine un rendement moteur publié et une perte de transmission estimée. Le moteur mesuré dans la source est un 350 W, pas un 2 000 W, et aucune des machines de notre tableau n’a été mesurée.
  • Le modèle de puissance a été validé sur vélo de route, pas sur trottinette, contre un capteur de puissance au pédalier, avec un écart type publié de 2,7 W. Un calcul à vitesse stabilisée ignore l’accélération, l’échauffement et l’adhérence, qui sont précisément ce qui limite en pente forte.

Ce que nous n’avons pas pu vérifier

  • Les trois premières lignes du tableau viennent de revendeurs français, pas de fabricants ni d’importateurs officiels démontrés. Ces marques n’ont pas de fiche constructeur accessible en France.
  • La capacité en wattheures de ces trois modèles n’est pas publiée : elle se calcule à partir de la tension et de l’ampérage annoncés.
  • Le type de puissance, nominale ou de crête, n’est précisé sur aucune des trois.
  • Le statut d’homologation du Nami Klima n’est indiqué nulle part sur la page du fabricant.
  • Le texte intégral de la norme EN 17128 est payant. Nous n’affirmons rien sur son contenu, seulement sur son domaine d’application, qui est public. Sa date exacte de ratification européenne n’a pas pu être confirmée, le catalogue du CEN étant inaccessible le 30 août 2026.
  • Les notes de spécifications de Xiaomi ne se rouvrent pas en lecture automatisée, leur serveur répond 403. Leurs deux phrases sont citées ici en français, traduites de l’original anglais relevé le 30 août 2026.
  • L’aire frontale et le rendement d’une trottinette n’ont pas de source primaire ouverte que nous ayons trouvée pour une machine de cette puissance.
  • Les cinq articles scientifiques ont été vérifiés au niveau de leur identifiant, de leur résumé et de leurs métadonnées, pas dans leur texte intégral, que nos outils de lecture n’ouvrent pas. Les valeurs que nous leur attribuons sont celles qui figurent à ce niveau.

Ce qui périme cette page

Un texte de droit se périme et un catalogue aussi. Trois choses la rendront fausse : une modification de l’article R311-1, un changement du régime d’assurance ou de circulation des EDPM, et le renouvellement des cinq fiches produit relevées. Si vous lisez cette page longtemps après le 30 août 2026, ouvrez les liens vers Légifrance et EUR-Lex : ils affichent la version en vigueur du jour, et c’est elle qui fait foi, pas notre relevé.

Nos sources, et la date à laquelle nous les avons relevées

Les textes de droit français

  • Code de la route, article R311-1, points 6.15, 6.11, 4.1 et 4.1.3, version en vigueur depuis le 25 juillet 2026, la définition de l’EDPM étant inchangée depuis le décret n° 2019-1082 du 23 octobre 2019 qui l’a créée. Consulté le 30 août 2026 sur Légifrance.
  • Code de la route, articles R412-43-1 et R412-43-3, pour la circulation, le trottoir, le casque, l’âge de 14 ans, le passager unique et l’équipement rétro-réfléchissant, versions en vigueur depuis le 1er septembre 2023 et le 30 novembre 2024, consultés le 30 août 2026 sur Légifrance.
  • Code de la route, article R321-4-2, pour la contravention de cinquième classe et la confiscation, et articles R317-23-1 et R431-1, pour le débridage et le casque des cyclomoteurs, consultés le 30 août 2026 sur Légifrance.
  • Code de la route, article L324-2, version en vigueur depuis le 20 août 2026, pour le délit de défaut d’assurance, ses 3 750 euros et son amende forfaitaire de 500 euros, consulté le 30 août 2026 sur Légifrance.
  • Code des assurances, article L211-1, version en vigueur depuis le 8 décembre 2023, pour la définition du véhicule terrestre à moteur soumis à l’obligation d’assurance, consulté le 30 août 2026 sur Légifrance.
  • Code pénal, article 131-13, pour le montant des contraventions de quatrième et cinquième classe, consulté le 30 août 2026 sur Légifrance.

Les textes européens et allemands

  • Règlement (UE) n° 168/2013, article 2, paragraphe 2, point j, qui exclut du champ de la réception « les véhicules qui ne comportent pas au moins une place assise », consulté le 30 août 2026 sur EUR-Lex.
  • Règlement allemand sur les petits véhicules électriques, paragraphe 1, pour les plafonds de 500 W sur un engin non autostabilisé, 20 km/h et 55 kg, consulté le 30 août 2026 sur gesetze-im-internet.de.
  • Norme EN 17128:2020, véhicules légers motorisés non soumis à réception pour un usage routier. Seul son domaine d’application, public, a été consulté le 30 août 2026.

Les travaux scientifiques du modèle de calcul

  • Martin J.C. et coll. (1998), « Validation of a Mathematical Model for Road Cycling Power », Journal of Applied Biomechanics 14(3), p. 276-291, DOI 10.1123/jab.14.3.276, pour le modèle de puissance et son écart type de 2,7 W contre un capteur au pédalier, sur vélo de route.
  • Stilwell G., Gooch S., Lafitte M. (2024), « Comparison of e-scooter tyre performance using rolling resistance trailer », Proceedings of the Design Society vol. 4, p. 1457-1466, DOI 10.1017/pds.2024.148, pour les coefficients de roulement de neuf pneus de trottinette, de 0,007 à 0,026, mesurés sur une surface de béton lisse à basse vitesse constante.
  • Demirsoy B., Soyaslan M. (2026), Electronics 15(7), article 1478, DOI 10.3390/electronics15071478, pour le rendement d’un moteur sans balais de 350 W, 81,4 % avant optimisation et 85,69 % après, et pour l’aire frontale de 0,35 m² et le Cd de 0,85 retenus dans sa modélisation.
  • Baumgartner C., Helmers E. (2024), Environmental Sciences Europe vol. 36, article 96, DOI 10.1186/s12302-024-00920-x, pour les 14 et 15,8 Wh/km de deux trottinettes et pour la phrase sur l’absence de conditions de conduite normalisées.
  • Kubik A. (2022), Energies 15(21), article 8193, DOI 10.3390/en15218193, pour les 14 à 42,1 Wh/km relevés sur une trottinette de flotte partagée en usage de libre-service.

Les fiches produit relevées

  • Cinq fiches consultées le 28 août 2026 et revérifiées le 30 août 2026 : CHIHUI 2000W 12Ah et CHIHUI Speedo 2000W 20Ah chez deux revendeurs français, Velocifero Mad Race 2000W chez un revendeur français, Dualtron POP chez un revendeur français, Nami Klima sur le site du fabricant, dont les trois versions Klima ONE, Klima et Klima MAX, relevées le 30 août 2026. Prix, poids, vitesses, mentions d’homologation, configuration moteur, capacité de batterie et présence d’une selle relevés mot pour mot sur ces pages. Les 1 300 Wh du Dualtron POP et les 1 500 Wh du Nami Klima sont annoncés par leurs pages ; les capacités des trois machines à selle, elles, sont calculées à partir de la tension et de l’ampérage.
  • Spécifications publiques Xiaomi Electric Scooter 4, relevées le 30 août 2026, pour la puissance nominale de 300 W, la puissance maximale de 600 W mesurée au wattmètre à l’entrée du moteur, la pente de 16 % testée sur 10 m à 15 km/h, la batterie de 275,4 Wh, l’autonomie d’environ 35 km, la charge d’essai de 75 kg et le poids de 17,2 kg.

La suite se lit dans notre rubrique trottinettes électriques, où sont regroupées les autres machines de la catégorie et les règles qui les encadrent.

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